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Les grands enjeux du marché suisse de l’électricité

3 questions à Jérémy Plumejeau,
responsable des relations avec les parties prenantes chez Swissgrid

Pourquoi, malgré nos barrages, la sécurité d’approvisionnement n’est-elle pas garantie en Suisse ?

De manière générale, la production et la consommation d’électricité sont équilibrées sur l’année. Et grâce à ses barrages hydrauliques, la Suisse couvre près de 60% de ses besoins en électricité. Mais la production en hiver est faible, alors que c’est au cours de cette période que la consommation est la plus élevée. En effet, les grands barrages suisses, souvent situés en altitude, sont fréquemment enneigés ; l’apport en eau n’est donc pas suffisant pour produire de l’électricité. La Suisse importe ainsi de l’électricité via le réseau de transport exploité par Swissgrid. Ce sont les entreprises d’approvisionnement en électricité (EAE) qui ont la responsabilité de garantir l’approvisionnement des consommateurs finaux. Mais pour réduire le risque d’une pénurie, la Confédération a instauré une réserve d’électricité hivernale, dont le coût est répercuté sur les consommateurs finaux. À long terme, la priorité pour la Suisse est d’augmenter sa production hivernale, notamment grâce à des projets hydrauliques et au développement de l’éolien, mieux adapté à l’hiver que le photovoltaïque. investissements pour les renforcer. Ces surcharges peuvent être atténuées par une meilleure autoconsommation, notamment grâce aux batteries et à une gestion plus intelligente de la demande.

En quoi le boom du photovoltaïque complique-t-il l’équilibrage du système électrique et la gestion des réseaux ?

La production photovoltaïque est très variable et dépend directement de la météo. Les entreprises chargées de planifier l’offre et la demande établissent des prévisions, mais celles-ci peuvent rapidement devenir obsolètes. S’ensuit une hausse importante des besoins en énergie de réglage. À cela s’ajoutent des difficultés au niveau des réseaux de distribution : les fortes injections solaires en milieu de journée provoquent des pics de charge qui peuvent saturer en particulier les réseaux de distribution et nécessiter des investissements pour les renforcer. Ces surcharges peuvent être atténuées par une meilleure autoconsommation, notamment grâce aux batteries et à une gestion plus intelligente de la demande.

Quelles sont les conséquences de l’absence d’intégration institutionnelle de la Suisse au marché européen de l’électricité ?

Les gestionnaires de réseau de transport européens planifient ensemble les échanges transfrontaliers d’électricité, en tenant compte des capacités des réseaux. Mais à défaut d’accord sur l’électricité, la Suisse n’est pas prise en compte de manière adéquate dans ces calculs ; des flux d’électricité « imprévus » sont ainsi observés sur le réseau de transport suisse. Swissgrid doit donc intervenir davantage pour garantir sa sécurité. L’une des mesures courantes est le redispatch. Il consiste à donner des instructions à certaines centrales électriques pour qu’elles produisent davantage, et à d’autres pour qu’elles diminuent leur production. La quantité d’électricité reste la même, mais elle est répartie différemment sur le réseau pour éviter les congestions.

Par ailleurs, la Suisse n’a pas accès aux plateformes européennes d’énergie de réglage. Celle-ci permet de maintenir l’équilibre du réseau en temps réel, en compensant les écarts imprévus entre la production et la consommation. En Europe, elle est achetée sur des plateformes communes. La Suisse n’y ayant pas accès, Swissgrid assure donc l’équilibrage du réseau principalement avec les ressources nationales, parfois limitées. Pour améliorer la situation, Swissgrid cherche à élargir l’accès au marché suisse de l’énergie de réglage afin d’attirer davantage d’acteurs. L’objectif est de renforcer la concurrence et de réduire les coûts. Les prix proposés sur le marché de l’énergie de réglage ne relèvent toutefois pas de la responsabilité de Swissgrid, mais sont fixés par les participants au marché.