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Et si vous partagiez l’électricité solaire avec vos voisins ?

Avec l’entrée en vigueur des communautés électriques locales le 1er janvier 2026, plusieurs instruments de partage sont désormais à disposition pour favoriser la consommation de la production solaire au niveau local. Explications de Yannick Sauter, coordinateur romand de l’association Swissolar.

Partager son électricité :
Comment fonctionnent les CEL ?

L’essor du photovoltaïque transforme les toitures suisses en petites centrales électriques. Un courant renouvelable et local, que les producteurs consomment toutefois rarement en totalité. Dès lors, que faire des excédents dans un contexte où l’injection sur le réseau est de moins en moins intéressante financièrement ? Les différents modèles de partage d’électricité apportent une réponse intéressante. Ces communautés permettent en effet de mieux rémunérer les producteurs solaires et de proposer aux consommateurs des prix inférieurs à ceux du réseau. Elles contribuent en outre à soulager les réseaux en favorisant une consommation locale de l’énergie produite localement.

YANNICK SAUTER

« Le cap politique est clairement orienté vers le partage de l’électricité plutôt que vers la revente au réseau. »

Quels sont les instruments de partage de l’électricité à disposition ?

Le cadre fédéral en définit deux : le regroupement dans le cadre de la consommation propre (RCP) – en vigueur depuis 2018 – et, depuis cette année, la communauté électrique locale (CEL). On parle aussi de « RCP virtuel » pour désigner l’élargissement du RCP depuis 2025, et de communauté d’autoconsommation (CA). La CA est une pratique historique des gestionnaires de réseaux de distribution (GRD) ; elle a été maintenue après 2018, sans cadre juridique propre.

RCP, RCP virtuel, CA, CEL : quelles sont les différences ?

Pour bien comprendre, on peut raisonner par couches successives, l’objectif étant toujours de valoriser l’électricité produite localement. À la base, la consommation propre individuelle permet à un propriétaire de consommer directement sa production photovoltaïque. Lorsque sa production dépasse ses besoins individuels, l’électricité peut être partagée à proximité, au sein d’une PPE ou d’un immeuble locatif ou entre voisins proches : c’est le cadre du RCP, du RCP dit « virtuel » et de la CA. Si ce partage ne suffit pas, le périmètre peut encore être étendu jusqu’à l’échelle d’une commune, via une communauté électrique locale. Les modèles de partage se distinguent aussi par la manière dont le réseau est mobilisé et par l’organisation des points de comptage entre les participants et le GRD.

Si l’avantage pour les producteurs est de valoriser leur production solaire, qu’en est-il pour les consommateurs ?

Dans un RCP ou une CA, l’électricité n’est en principe pas soumise aux frais de transport ni aux taxes réseau, ce qui se traduit par un avantage économique tangible pour les consommateurs qui en font partie. Dans le cadre du RCP, la loi encadre en outre la tarification de cette électricité, avec un prix généralement fixé autour de 80% de celui du réseau. Aucun mécanisme de prix n’est imposé dans une CA, ce qui offre moins de garanties au consommateur. Mais celui-ci conserve la possibilité de quitter le dispositif. Enfin, dans les CEL, l’intérêt financier pour le consommateur est aujourd’hui plus limité, l’électricité restant partiellement soumise aux frais de réseau et aux taxes. Mais cela lui permet de consommer une énergie solaire produite localement.

Et quelles sont les conséquences des communautés de partage pour les GRD ?

Ces modèles leur donnent du fil à retordre, notamment en matière de gestion administrative, de calcul des flux énergétiques et de traitement des données. Ils présentent aussi certains avantages. Ils s’inscrivent en effet dans les objectifs de transition énergétique des GRD et contribuent au développement et à la valorisation de la production renouvelable sur leur territoire. En favorisant une consommation plus locale de l’électricité photovoltaïque, ils peuvent aussi réduire certains flux et contribuer à limiter les besoins de renforcement du réseau à certains endroits.

À qui s’adresser si on souhaite mettre en place une communauté de partage ?

Le sujet est complexe, mais plusieurs professionnels peuvent accompagner ceux qui veulent franchir le pas. Le premier interlocuteur est le GRD, afin de clarifier ce qui est possible sur les plans technique et réglementaire. Selon l’ampleur du projet, interviennent ensuite des installateurs, idéalement labellisés « Pros du solaire ». Et puis, pour les projets plus complexes, des planificateurs ou ingénieurs-conseils, avant l’éventuel recours à des prestataires chargés de la gestion et de la facturation.

Les dispositifs de partage vont-ils transformer le paysage énergétique suisse dans les années à venir ?

Les RCP ont fait leurs preuves depuis 2018, et il est aujourd’hui évident qu’une installation photovoltaïque sur un immeuble collectif devrait systématiquement être couplée à un dispositif de partage. Et avec l’entrée en vigueur des communautés électriques locales, le cap politique est clairement orienté vers le partage de l’électricité plutôt que vers la revente au réseau. Mais encore faut-il que le cadre soit suffisamment incitatif. Car si la Loi sur l’approvisionnement en électricité (LApEl) prévoit des allégements sur les frais de réseau pour l’électricité échangée au sein des CEL, les réductions effectives restent limitées. Le cadre légal permettrait pourtant d’aller plus loin. L’impact réel de ces communautés dépendra donc notamment de l’évolution des conditions tarifaires dans les années à venir.

Crédit photo : Titouan Bessire, BuzzBrothers