Claude Barras : la voie de la lenteur
Claude Barras et son rapport au temps
Claude Barras nous accueille dans les studios d’Hélium Films, la société de production qu’il a cofondée en 2002 avec Élie Chapuis, en plein cœur de Lausanne. Son premier choix s’était porté sur Venthône, à proximité du Bisse Neuf et de sa maison, mais les impératifs professionnels en ont décidé autrement. Silence, on tourne !
Artisan du cinéma
Claude Barras découvre la technique du stop-motion (une technique d’animation image par image) avec les frères Guillaume, à Fribourg. Le procédé le séduit immédiatement : « En stop-motion, nous sommes obligés de travailler ensemble autour du plateau, et il y a le rapport physique avec la matière. C’est ce qui me plaît. » Travailler ainsi depuis si longtemps est devenu un moyen de faire un pied de nez à l’accélération numérique. « Le monde a beau- coup changé et aujourd’hui, oui, cela prend la forme d’une résistance ! » Sa voie, c’est celle de la lenteur, de la préservation de savoir-faire artisanaux, tout en racontant « des histoires qui questionnent notre manière de vivre ».
Éthique, circularité et nature
Dans ses films, l’illustrateur de métier essaie d’ouvrir l’imaginaire, d’apporter plus de tolérance et d’ouverture. « Je trouve plus intéressant de susciter des questions et de laisser les gens faire des choix. » Au quotidien, c’est en vivant le plus éthiquement possible qu’il « milite » : « Nous sommes pris dans un système où il est dur de faire tout juste. Il est important pour moi de donner mon argent à des personnes qui ont une éthique, de payer un peu plus pour des produits qui vont durer. » D’ailleurs, à l’idée de durabilité, Claude Barras préfère celle de circularité.
« Pour moi, la durabilité est inatteignable dans notre société »,
Car c’est l’inverse du projet de la modernité, qui est de créer du neuf et de nouveaux besoins. La circularité, c’est se baser sur le modèle du vivant, qui se renouvelle constamment, avec ses propres ressources, sans détruire. » Même dans ses bureaux lausannois – sa « famille du travail » –, le Sierrois conserve un lien profond avec la nature, dans laquelle il a grandi, entre des parents vignerons et des grands-parents paysans. Il y a trois ans, il a décidé de retourner aux sources, en déménageant à Venthône. « C’est surtout l’arrivée de ma fille qui m’a donné envie de quitter la ville », précise celui qui vivait alors à Genève.
Explorer la norme et les marges
Dans ses réalisations, Claude Barras aime explorer les marges de la société. Selon lui, « c’est dans les marges que se révèlent les forces et les faiblesses de la norme. » Il aime se référer à l’anthropologie pour interpréter le monde qui l’entoure : « La norme, je la vois comme l’idéalisation de l’individu tel qu’il devrait être. Mais personne n’est jamais dans cet idéal. C’est ce que j’aime éclairer par mes films. »
Crédit photo : Joëlle Tille