Le monde de demain

Recharge bidirectionnelle : où en est-on ?

Elle promet de transformer les voitures électriques en batteries mobiles capables de soutenir la transition énergétique. Le point sur la recharge bidirectionnelle avec Geoffrey Orlando, responsable pour la Suisse romande de Swiss eMobility.

La recharge bidirectionnelle permet de charger la batterie d’un véhicule électrique, mais aussi de la décharger. Deux conditions sont nécessaires : un véhicule compatible et une borne adaptée. L’électricité stockée peut être utilisée pour différents usages, selon le principe du Vehicle to X (V2X). Le Vehicle to Home (V2H) permet d’alimenter un logement, par exemple pour consommer le soir l’électricité produite par des panneaux solaires durant la journée. Le Vehicle to Grid (V2G) consiste à restituer de l’électricité au réseau en fonction de ses besoins. Enfin, le Vehicle to Load (V2L) sert à alimenter ponctuellement un appareil ou un autre véhicule.

Un véhicule reste immobilisé en moyenne 23 heures par jour. Connecté à une borne bidirectionnelle, il devient une batterie stationnaire temporaire. Tandis qu’une batterie stationnaire dédiée coûte encore entre 3500 et 7000 francs pour une capacité d’environ 5 kWh, un véhicule électrique embarque déjà une batterie de 50 à 70 kWh. Autant donc utiliser une capacité de stockage existante, sans investissement supplémentaire majeur, notamment pour augmenter la part d’autoconsommation d’électricité photovoltaïque.

Avec l’électrification des transports et du chauffage, la consommation d’électricité augmente. Grâce à leur charge (et décharge) pilotable, les véhicules bidirectionnels apportent une réponse intéressante, puisqu’ils absorbent les surplus de production et restituent de l’énergie lors des pics de consommation. Pour les gestionnaires de réseau, cette flexibilité permet de limiter les investissements lourds dans le renforcement des infrastructures. À terme, ces batteries mobiles peuvent contribuer à stabiliser le système électrique et à mieux intégrer les énergies renouvelables locales.

Pourquoi les batteries bidirectionnelles sont-elles encore peu utilisées ?

La technologie est au point mais, à ce jour, peu de modèles de véhicules sont bidirectionnels. Et puis les constructeurs utilisent des protocoles de communication dits « propriétaires » ; un véhicule ne peut donc pas se connecter à une borne d’un autre fabricant. La norme internationale ISO 15118 permettra dans quelques années l’interopérabilité entre véhicules, bornes et réseaux.

Où en est la Suisse ?

Même si certains cantons proposent déjà des subventions pour l’installation de bornes bidirectionnelles, cela concerne surtout des projets pilotes. Parmi eux, V2X Suisse, mené par Mobility de 2022 à 2024, avec l’intégration de 50 véhicules bidirectionnels dans le réseau électrique, ou encore le SunnYparc au Y-Parc d’Yverdon-les-Bains, qui intègre des bornes de recharge bidirectionnelles pour optimiser l’autoconsommation solaire. La question n’est plus de savoir si, mais quand ces solutions de recharge seront déployées à grande échelle. L’enjeu est désormais d’adapter le cadre réglementaire et de développer des modèles tarifaires adaptés. En anticipant dès aujourd’hui, la Suisse a les moyens de tirer parti de cette technologie qui pourrait bien devenir, demain, une brique importante de la transition énergétique.

Illustration : Getty Images, Anastasiia Neibauer